04 septembre 2008
(Entre parenthèses)
Un article rapide, pour dire (merci Killcow ^^) qu'il est peut-être plus facile de lire des blogs que d'en écrire. Et qu'il va devenir de plus en plus difficile pour moi d'écrire un blog, vu que je m'exile à l'ENS LSH de Lyon pour l'année qui vient, et que donc, je n'aurai un accès à Internet que très ponctuel. Donc, mon silence risque de se prolonger encore longtemps. Désolée, mais priorité à l'Agreg (encore !). Et priorité suivante à l'écriture... d'un roman. Donc, ce blog....
Je pense abandonner définitivement Cik et Attik. Mais c'est pas pour autant que je n'ai plus rien à dire. Peut-être un nouveau blog un jour ? En attendant, rien ne vaut la lecture du Canard Enchaîné, quand on veut lire de la bonne critique ^^
Voilà donc. 15 messages sur un petit blog presque mort-né....
18 juin 2008
Adieu, ou au revoir ?
Sabotage, terrorisme.... Mon cher Attik, ce sont des mensonges.
Je t'écris très rapidement, et c'est ici le dernier message que tu recevras de moi. Je ne reviendrai pas chez nous. Je ne reviendrai pas dans un monde en guerre, aveuglé par un interdit qu'il vénère. Je ne reviendrai pas dans un monde où l'on ne sent pas les saveurs que l'on peut encore sentir ici, le goût de la vie, et parfois, même, un arrière-goût de liberté venu du passé. Je préfère être ici pour empêcher notre pays de devenir ce qu'il est ; ce faisant, je romps la règle primordiale de la non-intervention sur le passé. Advienne que pourra ! Tu ne comprendras pas, évidemment. Ce revirement semble bien brusque. C'est ainsi, mon long silence n'était pas sans raison. J'ai réfléchi. J'ai changé.
Je ne reviendrai pas. Je suis libéré de l'avenir où tu es.
Si tu veux savoir, néanmoins, ce que je deviens, tu le sauras, d'une façon ou d'une autre. Si tu existes encore dans cet avenir que j'espère changer. Drôle de paradoxe. Mais je tremble, aussi, à l'idée que je suis peut-être en train de tuer mon ami. Et moi-même. J'ai le vertige. Il vaut mieux ne pas trop y penser.
Adieu, Attik.
Ton ami pour toujours, Cik
23 mai 2008
Fuite
Mon cher Cik,
L'absence de nouvelles de toi depuis plusieurs semaines m'inquiète. Je te connais, et je n'aurais rien dit en temps normal. Chacun son péché, le tien est la négligence de tes amis. Mais... Cik, qu'as-tu fait ? Ici, ton nom et ton image animée s'étalent partout sur les panneaux d'avis de recherche. On dit des mots, des mots.... on dit "fugitif", on dit "traître". Certains parlent de "sabotage", de "terrorisme". Je préfère t'avertir : les services spéciaux de la Police des Voyages sont partis à ta recherche.
On ne parle pas que de toi d'ailleurs. Le climat de la guerre récemment déclenchée n'aide en rien... mais qu'importe, tu as d'autres soucis, pour l'instant. Je dois faire vite. Je suis ton ami, on me surveille désormais. Puisse cette tablette t'arriver dans les meilleurs délais. Fais attention à toi.
Ton dévoué,
Attik
03 avril 2008
Les mots commençant par R
Mon cher Attik,
As-tu remarqué comme les mots qui commencent par un R sont souvent de "grands" mots ? Rêve, Révolte, Révolution, République, Raconter, Réussir, Rigueur ... Tant de sublimes idées, dans tous ces mots en R ! (Je te connais, tu as déjà pensé à une liste bien moins flatteuse, hélas...) En ce moment, là où je suis, les mots en R semblent omniprésents, et ce ne sont pas toujours les meilleurs. Racisme d'abord, avec ce que l'on appelle déjà "la Banderole de la honte", déployée par des militants d'extrême-droite lors d'un match de foot, dont je n'ose ici répéter les insultes ; Révolte, car il ne se passe plus un jour sans que tels ou tels ne descendent récriminer dans la rue ; Rigueur, le mot qui fait peur, caché par le gouvernement, qui ne veut pas appeler un chat un chat ; Rigueur, qui rime exceptionnellement avec culot, quand, à l'annonce d'un plan d'économie drastique (et indécent, quand on songe au paquet fiscal d'il y a quelques mois) tel dirigeant a encore le cran de dire que, non non, il ne s'agit pas d'un plan de rigueur. C'est bien risible, mais quand on croise ces jours-cis nos ancêtres, leur grise mine montre bien qu'ils n'ont pas envie d'en rire. Le rêve qui les a bercés il y a quelques mois tourne au cauchemar, et ils voudraient bien se réveiller, nos pauvres ancêtres...
Reste la Révolution, cette vieille utopie fondatrice d'une République désormais bien malade ; Révolution, tellement idéalisée dans les livres d'histoire, qu'elle est devenue la tentation des jeunes générations, qui y croient comme à une baguette magique de conte de fées ...
Révolution, le mot que n'a cessé d'avoir à la bouche la charmante Nol, petite-fille de madame Mervoeil. Je l'ai rencontrée lorsque je suis allé prendre le thé chez ma vieille amie, hier... Animée d'un feu passionné qui la rend fascinante.
Allons, c'était ma rêverie poétique du jour, ces mots en r. Je te promets pour bientôt de vraies remarques, réflexions, réactions, comme il te plaira, le tout bien sérieux.... Je te promets de donner à mon retour, de vrais carnets de voyage.
Que la lumière de l'empereur t'accompagne,
Ton ami,
Cik
29 mars 2008
La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres. (Mallarmé)
Mon cher Attik,
Je sais, je sais, je tarde à donner des nouvelles. Et je te connais, tu vas croire que je t'oublie. Mais t'imaginerais-tu que ces derniers jours, je n'ai pu penser qu'à toi ? Après tout, tu fais partie des Gardiens Bibliothécaires de la Ville, et je crois bien avoir passé ma semaine à lire, et à lire tant de merveilles dont même nos spécialistes ne soupçonnent pas l'existence ! Vraiment, notre époque n'a conservé intacts qu'un pourcentage extraordinairement faible de l'incroyable production littéraire de ce siècle. Il faudrait, si l'on voulait tout lire, vivre cent vies à ne faire que cela. Notre Empereur serait bien inspiré de faire Voyager des spécialistes pour recueillir toute la production littéraire de toutes les époques et la transférer à la nôtre. Imagine un peu la belle utopie que voilà : une tour, immense, disproportionnée, une Cité même, toute entière remplie de livres, ou, admettons, de puces électroniques (même sous ce format, la place remplie par tant de chefs-d'oeuvre serait incroyablement grande) ; dans cette cité, des dizaines, des centaines de vestales et de prêtres, qui consacreraient leur vie entière à lire, lire, lire ; car lire est presque un service divin, mon ami, ainsi que nous l'enseigne Yabrahmet dans le Livre des Vérités : "Lis les mots des hommes, car ils sont le véhicule des vérités divines", ou un peu plus loin : "Lis sans cesse, apprends à décrypter chaque signe, car c'est dans les mots des hommes que la Divinité te parle des Vérités éternelles.". Alors pourquoi Diable n'y a-t-il pas encore les prêtres et vestales que j'imaginais à l'instant ? Eux seuls, après une vie entière passée à lire, seraient vraiment dignes d'être prêtres. Au lieu que nos prêtres actuels étudient le seul Livre des Vérités, et s'en servent presque comme d'un livre d'oracle, blasphème ! Oui, vraiment, rares sont les bons prêtres qui ont lu autre chose et qui savent en tirer parole de sagesse.
Dans cette Cité utopique, donc, les prêtres et les vestales liraient pendant cinquante ans, et seulement alors, après ce long apprentissage (et encore, ils ne sauraient qu'une infime partie de tout le savoir contenu dans ce temple majestueux !), alors ils quitteraient la Cité pour répandre un peu partout dans le monde Vérité et sagesse, toujours en accord avec Yabrahmet. Ainsi, ces prêtres et prêtresses, empli de la sagesse des siècles tout entiers, seraient le mieux à même de conseillers les rois.... La belle idée que voilà...
A l'heure d'aujourd'hui (je parle du XXIème siècle), les gens lisent peu. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir matière à lire ! Romans, BD, mangas, essais, poésies, théâtre... Ah, il y a tant de nouveautés qui paraissent tous les ans, qu'il faudrait bien une année entière pour lire la production d'une seule année, et encore, dans notre seul pays ! Savent-ils bien ce qu'ils manquent, tous ces gens qui préfèrent un match de football à l'ineffable plaisir d'un bon livre ? (D'après mon voisin, l'un n'est pas incompatible avec l'autre. Mais mon voisin a toujours des idées étranges...). Ah, je m'aperçois que j'oublie le cinéma. Eh bien, il faudrait tout un quartier, dans notre cité idéale, réservé au cinéma, art encore naissant ici-même, mais qui est promis à une grand avenir... Oui, la belle cité que ce serait !
J'ai lu, lu toute la semaine, et des choses si variées, et qui pourtant m'ont fait me sentir tellement vivant ! C'est une drôle de magie qu'un objet inanimé, par le seul fait de nos yeux, nous procure une telle sensation... d'ailleurs, j'y pense, nos prêtres et nos vestales pourraient se marier et faire des enfants. Ainsi, en sélectionnant sans cesse les plus aptes à un tel office, nous aurions bientôt des êtres humains spécialement aptes à la sagesse... Peut-être, certes, subiraient-ils quelques transformations physiques : à force de lire, assis sur sa chaise, à ne faire travailler que ses yeux et son cerveau, peut-être est-il à craindre que leurs têtes ne deviennent, au fil des générations, disproportionnées. Et ils deviendraient naturellement myopes, je le crains. mais enfin, ce serait la simple rançon de leur sagesse devenue génétique ! La belle Utopie que voilà !
Ah, mon cher Attik, une telle perspective me bouleverse. je te laisse, il me reste encore tant de livres à lire !
Que la sage lumière de l'Empereur soit sur toi.
Ton ami,
Cik.
